vendredi 2 septembre 2016

Des MOOCs au Congo


Internet abolit  les frontières et relie les hommes. Ainsi début juin ai-je été contacté par Gabriel Lomengo Shango, président national du Réseau des Facilitateurs Congolais de MOOC (RFCM) qui à la lecture de ce blog souhaitait témoigner sur l’arrivée des  Massives Open Online Courses  en République Démocratique du Congo (RDC). Par son canal, j’ai fait connaissance de Pascal Tshimanga, initiateur du Programme MOOC Camp auprès de l’ambassade américaine en RDC. L’occasion de voir comment les MOOCs s’acclimatent à l’Afrique francophone.

Comment les MOOCs sont-ils arrivés en RDC ?
Tout a commencé en novembre 2013 quand l’ambassade des Etats-Unis en RDC a décidé à l’occasion de la Semaine Internationale de L’Education de mettre en place « Le programme MOOC Camp ». L’idée était  de proposer des MOOCs aux congolais en formation continue dans le but de pallier l’inadéquation persistante entre les formations et les besoins du marché du travail. Ce programme toujours en cours, se réalise dans les espaces américains existants dans toutes les provinces de la République Démocratique du Congo. Pour son déploiement l’ambassade américaine collabore avec d’autres institutions privées et publiques. Une fois la sélection des MOOCs effectuée, les annonces sont lancées en ligne sur la page officielle Facebook de l’ambassade avec le lien de formulaire en ligne pour l’inscription. Les intéressés s’inscrivent en choisissant les MOOCs proposés ainsi que leur site physique de regroupement. Ces sites sont équipés d’ordinateurs avec une  connexion internet et des “facilitateurs” formés au préalable accompagnent les apprenants tout au long du MOOC. Nous appelons ces rencontres des « regroupements en présentiel » ou « meetup ». A la fin de ces MOOCS, les apprenants ayant réussi envoient leurs certificats à l’ambassade via leur facilitateur. L’ambassade organise ensuite une cérémonie officielle de remise de certificats. Le soutien du programme comprend aussi la rencontre des experts locaux que l’ambassade mobilise pour enrichir les parcours d’apprentissage des “MOOCeurs”, l’organisation des sessions d’information, les opportunités d’études aux États-Unis à travers le centre-conseil EducationUSA et des opportunités de micro-financement.

Quels ont été les MOOCs jusqu’ici proposés ?
Les MOOCs sont sélectionnés sur les plateformes internationales existantes (Coursera, EdX, Fun, Udacity, etc).
En 2013 :
En 2015 se sont ajoutés au programme les MOOCs suivants:   
En 2016 le programme a pris encore plus d’ampleur avec l’ajout des MOOCs  :
 Comment fonctionnent les centres de regroupement ?
Il y a 16 centres sur la ville de Kinshasa et 11 en Province dont 2 à Bunia  et 2 autres à  Lubumbashi. Ces centres comprennent les espaces américains et des espaces mis à disposition par de nombreuses organisations partenaires (des écoles, des églises, des associations d’anciens boursiers, des universités, des start-ups, des ONGs locales, etc). Ils fonctionnent avec un scénario hybride (blended learning), couplant l’expérience d’une formation à distance avec des rencontres hebdomadaires dans un site physique.
Les apprenants, en s’inscrivant au programme, choisissent leur centre pour être accompagnés en présentiel. Au moins deux facilitateurs locaux sont assignés à chaque site de regroupement. Ces facilitateurs sont des volontaires qui peuvent être d’anciens boursiers du gouvernement américain, des experts locaux ou des chefs d’entreprise.
Ces centres donnent aux apprenants l’accès gratuit aux bâtiments, aux salles et aux ordinateurs connectés à l’internet. Pour suivre les MOOCs, les apprenants peuvent aussi télécharger gratuitement toutes les ressources nécessaires proposées par l’ambassade. Toutefois, en raison des débits généralement faibles, le support technique de l’ambassade américaine consiste à aider à télécharger les ressources, les graver sur des CDs/DVDs, et les distribuer aux apprenants à l’occasion des regroupements hebdomadaires. A ce support technique est associée une forte motivation à participer aux regroupements.
Des rencontres d’une heure  sont organisées une fois par semaine (souvent chaque jeudi de 16h à 17h). Elles sont sous les responsabilités des facilitateurs volontaires, sélectionnés et formés par l’ambassade.  La durée de cette facilitation dépend de l’échéance de chaque MOOC offert par les différentes plateformes. Comme mentionné précédemment, l’ambassade américaine, en collaboration avec le ministère de l’enseignement supérieur et universitaire, organise la “collation des grades”. Les lauréats reçoivent leur certificat des mains des responsables de l’ambassade et du gouvernement de la République Démocratique du Congo.

Quel est le rôle exact des facilitateurs ?
Ils jouent plusieurs rôles. L’un des plus exaltants est l’accueil des apprenants dans les sites de regroupement choisis, en faisant une première bonne impression.
Ils ont la charge d’accompagner et de suivre les apprenants.
Ils planifient et organisent les rencontres/regroupements hebdomadaires, animent les discussions et facilitent les échanges entre les apprenants. Ils font aussi le support technique de premier niveau en “dépannant” des apprenants qui ont des problèmes techniques (exemple: difficulté d’accès à la plateforme de formation, perte de mot de passe, utiliser le forum de discussion, poster son devoir, etc.). L’une des activités, en parlant du support technique, est l’organisation d’une session de prise en main de la plateforme de formation, ce qui est très important au lancement d’un MOOC.
Ils collaborent avec l’ambassade américaine pour inviter un expert local qui vienne discuter avec les apprenants des questions pointues en rapport avec un sujet spécifique. Cet enrichissement d’apprentissage est très apprécié apprenants qui y trouvent un bon moyen de “localiser” un contenu de portée internationale.
Ils participent enfin à une conférence téléphone hebdomadaire organisée par l’ambassade. Il n’y a pas mieux qu’une telle conférence pour mutualiser les  retours d’expériences des facilitateurs des différents sites de regroupement et ainsi faire avancer une véritable communauté de pratiques (CoP).

En dehors de l’action de l’ambassade américaine, Y a-t-il d’autres initiatives dans le pays ?
L’Agence Universitaire de la Francophonie est un acteur important dans le paysage du numérique éducatif en RDC. Son réseau de campus numériques francophones sont des véritables points d’appui pour les apprenants qui suivent les MOOCs.
Très récemment, elle a collaboré avec le ministère de l’Enseignement supérieur et universitaire (ESU) et le Service de la Coopération et d’Action Culturelle de l’ambassade de France en RDC , pour organiser  un séminaire sur le sujet. A la suite de ce séminaire, l’ambassade de France en RDC a lancé le programme “Koombook”, du Swahili “Kumbuka” (ce qui signifie “se souvenir”). Il s’agit d’un programme de MOOCs disponibles sur un nanoserveur.
Le gouvernement congolais a déjà émis de nombreux signaux positifs en lien avec le numérique éducatif, inscrivant l’enseignement à distance comme un option fondamentale de l’enseignement national (Loi-cadre de l’Enseignement National, Février 2014).
De nombreux jeunes sont porteurs d’idées innovantes et la production de MOOCs congolais ne tardera pas. Pascal Tshimanga et Honoré Nzambu reviennent du Congrès MoodleMoot en Sierre, Suisse, où ils ont donné une keynote sur “Moodle: un outil au service de la modernisations des systèmes éducatifs en Afrique francophone”. Ils prévoient de capitaliser sur les acquis de cette conférence, et du réseau d’autres experts, pour utiliser la plateforme Moodle dans la production de MOOCs.

Et vous même Gabriel quel rôle souhaitez-vous jouer dans le développement des MOOCs  en RDC ?
Les MOOCs sont une ressource formidable. Beaucoup de mes compatriotes ne s’en sont pas encore rendus compte ! Les MOOCs seraient une réponse au problème de la qualité faible des enseignements sous nos latitudes. Nos universités devraient intégrer les MOOCs dans leurs programmes d’enseignement. Mon rôle, dans ce contexte, est de faire la “promotion” des MOOCs, en animant des conférences, des sessions d’information, en associant des experts de premier ordre comme Honoré et Pascal.
La facilitation d’apprentissage est reconnue comme un facteur très déterminant dans la rétention et l’achèvement des parcours. Ainsi, le taux d’achèvement pour tous les MOOCs facilités par nos soins est en moyenne de 75%. Très récemment, j’ai mobilisé l’ensemble des facilitateurs locaux autour de l’idée de la création d’une Association des facilitateurs de MOOCs. C’est un chantier qui, peu à peu, prend forme, avec déjà un projet de Statuts élaboré.
Je vais continuer à affûter des opportunités pour faire profiter les MOOCs à tous.



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